Safran conforte son assise en rachetant Zodiac : Pourquoi et comment ? – 01/17 – Revue de presse

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Safran conforte son assise en rachetant Zodiac :
Pourquoi et comment ?

Le motoriste Safran a annoncé, le 18 janvier, le rachat de Zodiac Aerospace pour près de 10 milliards d’euros et s’est fendu d’un prêt de 4 milliards d’euros pour financer cette acquisition. Approuvée par le conseil de surveillance de Zodiac, l’opération est amicale. Avec cette acquisition, Safran va devenir le numéro trois du secteur, hors constructeurs d’avions.

Pourquoi cela a marché cette fois-ci ?

La méthode
Si les actionnaires de Zodiac ont accepté cette fois-ci la proposition de rapprochement avec Safran, cela n’avait pas été le cas en 2010 quand l’équipementier, alors présidé par Jean-Paul Herteman, avait été vertement éconduit par le spécialiste des cabines d’avions. Clairement, “le courant n’est pas passé” entre des actionnaires familiaux attachés à leur entreprise et l’ancienne direction de Safran qui ne l’a pas compris, a expliqué le président du conseil de surveillance, Didier Domange. L’opération porte cette fois-ci sur l’ensemble du périmètre de Zodiac, contrairement à la première fois où, semble-t-il, Safran ne convoitait qu’une partie de sa cible.

L’environnement aéronautique
Si la course à la taille pour répondre à la baisse des prix imposée par les avionneurs ne date pas d’hier, l’environnement aéronautique accentue aujourd’hui plus qu’hier cette tendance qui pousse les équipementiers à se regrouper rapidement. Avec l’absence de nouveaux programmes d’avions et la faiblesse du prix du carburant qui n’incitent pas les compagnies aériennes à commander des appareils neufs, les constructeurs d’avions cherchent davantage à se différencier par une baisse des prix des avions. Ne voulant pas sacrifier leurs marges, ils accentuent la pression sur les prix des achats commandés aux équipementiers, lesquels n’ont pas d’autres choix que de se regrouper pour pouvoir absorber la baisse des prix.

La situation de Zodiac
Zodiac, qui a fêté ses 130 ans en 2016, a perdu de sa superbe. Depuis deux ans, il est en pleine tempête. Défaut de conception, problème de qualité, engorgement dans les usines, désorganisation, retards de livraison… L’entreprise paie très cher une politique audacieuse d’acquisitions tous azimuts, particulièrement aux Etats-Unis, qui l’a propulsée au premier rang mondial. Zodiac est une confrérie de PME aux méthodes et process différents. Conséquence, neuf « profit warnings » en deux ans et des engagements, non tenus, d’un retour à la normale, au grand dam des clients. En 2016, l’équipementier n’a pas livré, en temps et heure, les fauteuils et les toilettes du dernier-né d’Airbus : l’A350. Ce retard lui a valu de payer d’importantes pénalités à son client. L’an dernier, ces «surcoûts» se sont montés à 390 millions d’euros.

Un nouveau groupe renforcé
Le groupe ainsi formé va renforcer sa position lors des discussions commerciales avec Boeing ou Airbus. L’un comme l’autre ont tendance, chaque année, à demander à leurs sous-traitants de revoir leurs prix à la baisse. Or, il est moins aisé d’exiger ce type de ristournes à celui qui fournit aussi bien les réacteurs que la plus grande partie de l’aménagement intérieur et pèse 22 milliards de chiffre d’affaires. Le groupe conserve le nom de Safran et devrait conserver toutes les activités de Zodiac et ses usines en France. Le nom de Zodiac est préservé en tant que marque commerciale. L’opération permet à Safran d’équilibrer son activité entre la propulsion et les équipements aéronautiques. Il devient leader mondial de l’aménagement cabine, du sol au plafond, des sièges d’avion et des systèmes de sécurité (toboggans d’évacuation, pressurisation…). Safran devient aussi un acteur complet dans les métiers de l’énergie, et se positionne en leader de l’avion tout électrique. Il est désormais présent dans tous les métiers, de la génération d’énergie à la distribution en passant par le câblage. Le directeur général de Safran, Philippe Petitcolin, a assuré que la fusion ne le détournerait pas de l’enjeu que constitue encore l’entrée en service du LEAP destiné aux monocouloirs et qui doit succéder au CFM56 dans le cadre d’une coentreprise à parité avec General Electric. A suivre…